La couleur sur la ville

L'évolution de la couleur dans l'histoire de l'architecture

Pour voir la vie en rose et stimuler vos cellules grises, RHEINZINK donne carte blanche à Aurélie Rouquette, Architecte du Patrimoine, pour une série d’entretiens hauts en couleurs.
 
Sans prétendre être un précis d’architecture, ces conversations nous donnent à découvrir ou à redécouvrir, l’évolution de la couleur dans l’histoire de l’architecture, sous forme de mini-récits.

Diplômée de l’École Nationale d’Architecture du Languedoc-Roussillon en 1997, Aurélie Rouquette s’intéresse très tôt au thème de la couleur dans l’architecture et aux interactions qu’elle peut avoir sur les espaces. Elle en fera l’objet de son mémoire de fin d’études intitulé « De la Couleur à la Ville ».
Elle réalise ensuite deux études de couleurs de villages héraultais, qui servent de base à l’élaboration d’une méthodologie de recensement des couleurs d’une ville. C’est en 2005 qu’Aurélie crée son agence et qu’elle entre à l’École de Chaillot. Toujours liés au patrimoine, les projets qu’elle mène sont divers : maîtrise d’œuvre de bâtiments protégés (inscrits et classés) ou à caractère patrimonial, restauration de sites sensibles (sauvegardés, classés …), analyse et prescription sur des études urbaines et conception de cahiers de recommandations architecturales.

Ce champ large lui permet d’avoir un regard global qu’elle enrichit, en s’associant régulièrement à d’autres architectes et professionnels aux compétences complémentaires.

Ses dernières références en matière de chartes de couleurs et recommandations architecturales :
- Quartier Capnau à Béziers (34) - 2020
- Communauté d’agglomération du Saint-Quentinois (02) - 2019.
Ses projets en cours  :
- restauration du presbytère de Notre-Dame de Nize (inscrit MH) dans le parc naturel régional du Haut-Languedoc à Lunas (34) - Chantier en cours
- requalification du Port Neuf de Béziers (34) avec l’agence Folléa Gautier (mandataire), site faisant partie du canal du Midi (inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco) - Permis d’aménager en cours.

Par ailleurs, elle réalise depuis 2010 « Un jour, une photo », projet qui offre une vision décalée, graphique ou architecturale de son quotidien et qu'elle capture avec humour, poésie et délicatesse.

Matière et couleur - Géographie de la couleur

Aurélie, vous qui êtes Architecte du Patrimoine, nous sommes curieux de savoir quel est le rôle de la couleur dans l’architecture. Quelle est la place de la couleur dans l'histoire de l'architecture ? La ville a-t-elle une couleur historique ?

Avant de répondre à ces questions passionnantes mais assez complexes, il convient d’abord de tenter de définir l’essence même de la couleur. Michel Pastoureau1 la décrit ainsi « La couleur est quelque chose d’indéfinissable. Ce que l’on peut tenter de définir, en revanche, c’est le « phénomène couleur », c’est-à-dire les conditions et l’acte de perception qui nous font comprendre que la couleur existe. (…) pour que ce phénomène couleur soit possible, il faut disposer de trois éléments : une source d’énergie lumineuse, un objet modulateur sur lequel tombe cette énergie (à la limite ce peut être l’air) et un organe récepteur, c’est-à-dire l’homme. » C’est donc à ces trois conditions que la couleur existe et la lumière en est la composante essentielle. Sans elle, il n’y a pas de couleur.

La lumière fait également partie de ce qu’on appelle la géographie de la couleur. Selon les régions, le choix d’un matériau de construction se fait souvent en fonction de la lumière. En Grèce, par exemple, les maisons sont blanches pour notamment se prémunir de la chaleur.

Partant de ce postulat, on peut dire que dans l’architecture, matière-couleur-lumière sont liées et sont indissociables et qu’elles créent la richesse de l’autre. S’il fallait s’en convaincre, il suffit de comparer les variations de couleurs et de lumières dans les tableaux de Monet sur la Cathédrale de Rouen. Cette série prouve que les jeux de lumière peuvent métamorphoser l’architecture même d’un monument et faire surgir des visions sans réalité.

Ainsi, pour moi, l’architecture doit trouver un lien intime entre la conception d’une forme, le choix des matériaux et les couleurs qui en découlent. En effet, la couleur naît de la matière et fait partie d’un contexte : l’environnement existant. Prenons l’exemple d’une construction neuve en plein cœur d’un centre ancien, soit l’architecte décide de se fondre dans le contexte, soit il fait le choix de s’en détacher. Et dans ce contexte, interviennent la matière et la couleur. Le contexte est un élément essentiel d’accroche, car le parti architectural en découle. Tout comme la lumière, le contexte fait lui aussi partie de la géographie de la couleur. Il faut savoir que jusqu’au début du XXème siècle, la couleur de l’architecture de nos régions était essentiellement liée à l’utilisation de matériaux locaux. C’est ce qui engendrait une identité forte de chaque localité. La question de l’intégration au paysage ne se posait pas, elle se faisait d’elle-même, grâce à l’emploi de produits disponibles à proximité et directement extraits de la nature2, jusqu’à une forme de mimétisme avec celle-ci. Ainsi, avant la seconde guerre mondiale, les couleurs employées dans le bâtiment avaient le plus souvent un aspect technique et pratique, avant d’être purement esthétiques. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée : c’est bien souvent l’envie de couleur qui détermine la sélection du matériau, dans le logement en particulier. En effet, à partir du XIXème, avec le développement des transports, des technologies, l’industrialisation et les standardisations, il est possible de se fournir en tout et partout. Cela n’est pas sans poser de problème car les territoires s’uniformisent peu à peu, jusqu’à tendre vers une perte des identités locales et donc de notre héritage.

Depuis quelques années, face à la désertification des territoires, les pouvoirs publics et collectivités locales ont mis en place une stratégie de redynamisation des quartiers anciens de centre-ville, pour les rendre plus attractifs. En ligne de mire des actions à mener pour redorer l’image de ces villes, l’urbanisme et le logement privé, entre-autres évidemment, et notamment la valorisation du patrimoine bâti et urbain et le développement de la création architecturale, pour réaffirmer ces identités territoriales.

Mais alors comment tisser ce lien entre les époques ? Et bien l’étude de la couleur, de la matière et de la lumière peut être une des réponses, bien évidemment ! D’ailleurs, certaines collectivités font appel aux conseils d’architectes-coloristes pour dresser un portrait chromatique de leur ville et bénéficier de recommandations architecturales pour en préserver l’harmonie. Pour cela, il faut déterminer ce qui constitue la « palette générale » d’une ville et sa « palette ponctuelle », en même temps que l’analyse de la typologie du bâti.

La palette générale -couleur de l’ensemble des toits et façades- est celle qui est la plus visible dans le paysage lointain et qui constitue la dominante chromatique. La palette ponctuelle -couleurs de tous les éléments de second-œuvre3 - anime les façades et accompagne, en harmonie, la palette générale.

La palette ponctuelle est généralement composée de couleurs en contraste avec la palette générale, soit en valeur soit en tonalité.

Pour illustrer ce propos, qui peut paraître abstrait, je vous propose de voyager en Italie, en prenant l’exemple de l’île de Burano, située au nord de la lagune de Venise. Elle est notamment célèbre pour ses maisons de pêcheurs, peintes de mille couleurs. Au premier coup d’œil, il semble difficile d’obtenir une harmonie entre ces façades multicolores. En observant bien, on constate que pratiquement tous les encadrements de portes et fenêtres sont peints en blancs et toutes les menuiseries en vert foncé. C’est ça qui crée l’unité, avoir un élément, récurrent et identique sur chaque bâtiment, malgré toute cette foison de couleur. Ça en devient magique !

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1 Michel Pastoureau est un historien français, spécialiste du Moyen Age, de la symbolique de la couleur et de son histoire culturelle

2 Chaux, plâtre, terre cuite, pierre, ardoise …

3 Menuiseries, volets, portes, serrureries, ferronneries, décors

Entretien avec Aurélie Rouquette, Architecte du Patrimoine, décembre 2020
Propos recueillis par Margaux Oudinet - C&M Prod pour RHEINZINK.

Quelques réalisations jouant avec la couleur

Créé en 1985 sur la commune d’Ormes, l’Espace musical des Carrières s’est offert un nouveau bâtiment. Celui-ci, d’une surface de 850 m², a été construit face aux équipements sportifs à proximité de la zone pavillonnaire de la future extension de la ville, sur le chemin d’une promenade ludique et sportive, longeant un futur étang. Le zinc artCOLOR or perle signe musicalement la façade et la couverture en faisant un rappel aux instruments de musique.

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En plein coeur de la ville de Poitiers, la nouvelle résidence de haut standing Le Printemps, construite à la place de l’ancien grand magasin, dévoile une façade tout en zinc-titane blanc.Pour l’agence d’architecture Ateliers Lion Associés, cet immeuble de 1954 représentait plusieurs défis à relever

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